Personal tools
You are here: Home écrits Entretien/Gilles Barbier, A Moitié Carré, A Moitié Fou
Document Actions

Entretien/Gilles Barbier, A Moitié Carré, A Moitié Fou

by armand wirgin last modified 2009-05-08 16:28

Un jeune plasticien parle de son art. Particules, No. 24, avril/mai 2009

Particules: L'excès semble faire partie de votre oeuvre, tant au niveau de sa conception que de sa formalistion. Comment travaillez-vous?

Gilles Barbier: L'excès n'est pas une stratégie. Cela tient au fait que j'ai organisé mon travail sans exclusion. Je broute tout ce qui passe, avale, régurgite, avale à nouveau, copie, retraite, amplifie, chie, rebroute...J'ai un mal fou à cibler, à trancher, à renoncer. Je suis un consommateur idéal, disponible et excitable à mort. J'ai préféré organiser mon énergie comme une disponibilité au service d'un système ouvert, comme un jeu où chaque case renverrait aux désirs, aux devenirs, aux moments....Les pions sont devenus des clones, les cases des segments, des boucles, des impasses, des attracteurs. Je me sens bien au seuil du langage, au niveau du bruit, du babil, du murmure. La combinatoire me semble plus riche que l'ordre, la mousse plus spacieuse et plus éloquente que la corde. Effectivement, comme sous l'effet conjugué de la pression de l'eau et d'un gel moussant, ça produit de l'espace. Mais je pourrais dire aussi que c'est comme ça que grandissent les coraux, les favelas, les réseaux, et la vie en général.J'ai construit une oeuvre plus modulaire que linéaire, glissante, composée de nombreux segments et je veux la tirer encore plus loin.Je veux que son architecture et ses différents plans soient mobiles, modulables, permutables et qu'ils dessinent dans leur combinatoire un espace qui se reconfigure en permanence. Cette perspective suppose
la redéfinition d'un grand nombre de notions: le sujet, l'exposition, le sens, la cohérence, la lecture, le motif...En quelque sorte, étendre leur domaine de définition, capter leurs dernières extensions, en saisir les applications et les implications. Sans cette attention soutenue, mon travail pourrait vite apparaître comme une dérive gratuite, une distraction. Il doit d'ailleurs être perçu comme tel par plus d'un...Mais pour tout dire, je ne suis pas non plus convaincu de sa consistance et ce doute m'accompagne comme un sifflement d'oreille depuis le début.

Particules: Qu'est-ce qui vous a le plus influencé dans la construction de votre oeuvre?

Gilles Barbier: Dans ce contexte intellectuel, il va de soi que la "french theory", comme dit François Cusset, et une littérature qui va de Kafka à Walser comme une certaine science-fiction, celle de Philipp K. Dick et de Greg Egan m'ont influencé, ou du moins aidé à comprendre certains enjeux.Idem pour la pensée du Merzbau, pour le Yi King, le séquençage temporel et l'introduction du texte dans la bande dessinée, certains chapitres de la physique...Dit comme ça, cela semble touffu, mais tous ces volets jettent une ombre sérieuse sur nos méthodes de décodage. De ce point de vue, la théorie algorithmique de l'information (TAI) m'a fourni de précieux outils. Ma vision probabiliste de l'art y puise des concepts qui me permettent d'articuler le non-linéaire, le complexe, l'incertitude, voire l'absence de motif général. La TAI m'autorise à affronter l'idée de dépenser ma vie au service
d'une oeuvre dont je ne sais si elle forme un nuage vague de données gratuites, un automate cellulaire, un ensemble de bouclettes au sein d'un espace modulaire ou bien reliées en une grande boucle...

Navigation
Log in


Forgot your password?