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Est-ce la fin du capitalisme financier de type anglo-saxon ? L’économiste Pascal Salin répond dans le Monde du 1 oct. 2008, p.13

by armand wirgin last modified 2008-10-04 06:38

« Le capitalisme financier…est universel et a de beaux jours devant lui, tout simplement parce qu’il n’est pas une création arbitraire comme pouvait l’être un système de type soviétique. Ce capitalisme-là est l’expression d’innombrables processus spontanés créés pour répondre aux besoins des êtres humains. Il remplit deux fonctions fondamentales : orienter les ressources d’épargne vers les activités où elles obtiennent la plus forte rentabilité et prendre en charge les risques de la manière la plus efficace. Certes, le capitalisme financier ne peut pas remplir ces fonctions de manière parfaite, parce que l’information ne peut jamais être parfaite. Mais il les remplit mieux que n’importe quel autre système imaginable…..Sur le long terme, la crise actuelle apparaîtra comme un simple accident de parcours qui aura peut-être permis de liquider les entreprises financières les plus mal gérées et d’inciter les autres à mieux évaluer les risques. »

Questions et remarques sur le texte de Pascal Salin


Que veut dire : le capitalisme financier (CF) est universel? Pascal Salin (PS) affirme que ce n’est pas une création arbitraire, ce qui veut dire qu’il remplit une fonction de satisfaction des besoins des gens, et comme tout le monde a des besoins, le CF est universel (i.e., éternel tant qu’il y aura des gens). Pourquoi le système soviétique est une création arbitraire ? Parce qu’il n’existe plus pardi, au contraire du CF (qui existera encore longtemps, foi de PS).

Comment le CF permet de satisfaire les besoins des gens ? PS nous dit  qu’il permet de tirer une plus grande rentabilité de notre épargne tout en prenant en charge efficacement les risques. A priori,  l’épargne semblerait être  ce qui reste une fois assurés les besoins, de sorte qu’il n’est pas évident pourquoi le CF a trait à la satisfaction des besoins des gens.

Analysons la phrase «… elles obtiennent la plus forte rentabilité et prendre en charge les risques de la manière la plus efficace». Rentabilité veut dire tirer de l’intérêt de mon épargne et/ou créer une plus-value entre le prix d’achat et de vente de quelque chose acquis avec mon épargne. Quoi qu’il arrive, il faut que mon épargne soit converti en quelque chose qui ne m’appartiendra plus en tant que tel, ce qui généralement veut dire l’achat d’un titre. C’est une opération  assimilable à un pari, exactement comme celle de l’achat d’un billet de loterie. Le pari est qu’un jour je puisse au moins récupérer ma mise (mon épargne) et au mieux obtenir plus que ma mise. Mettre mon épargne entre les mains du CF semble moins risqué qu’à la loterie car avec celle-ci je sais (ou devrais savoir) que mes chances de gagner sont extrêmement minces. Le CF est moins risqué parce que PS nous dit qu’il prend en charge efficacement les risques. Comment le CF  accomplit ce miracle ? Le maître-mot « d’explication » que nous livre PS est « l’information ». Le CF serait alors un délit d’initiés (pardon, tout est légal) permettant des plus-values parce que je sais quelque chose….que forcément quelqu’un d’autre ne sait pas. C’est comme si je savais d’avance que la bille de roulette allait tomber sur tel ou tel autre numéro et que les autres joueurs ne possédaient pas cette information (sinon il n’y aurait que des gagnants, ce qui est impossible dans un jeu de pari). Comment pouvais-je savoir sur quel numéro allait tomber la bille de roulette ? Par exemple, en faisant un comptage du nombre de fois qu’elle tombe sur le 1, le 2, etc. Pour être plus complet, je pourrais faire des statistiques,  des probabilités,  des corrélations, des modèles mathématiques et/ou physiques, ou simplement tricher en filant de l’argent au croupier (moins que ce que j’escompte gagner) en échange d’une manipulation adéquate. Tout ceci (abstraction faite de ce qui est répréhensible) demande beaucoup d’efforts (je n’oserai pas l’appeler travail) et constitue l’activité principal du capitaliste financier et devrait se traduire  en fin de compte par le fait que l’on (les capitalises financiers, mais pas nécessairement moi) tire une plus grande rentabilité (i.e., plus-value) de mon épargne.

A propos de l’expression « plus grande rentabilité » : plus grande que quoi ? Plus grande qu’en n’investissant pas son épargne (i.e., mettant ses billets sous mon matelas). Investir veut dire rendre disponible à d’autres l’argent que j’ai en trop avec un espoir de rémunération pour cet acte  généreux. Ca peut être moins rentable si par exemple je n’en tire rien (comme rémunération). Donc, « plus grande rentabilité »  veut implicitement dire : « plus que rien ».

Ceci vaut pour l’intérêt, mais n’oublions pas le facteur-risque. Comme à la loterie, je pourrais aussi perdre mon capital (la mise). C’est d’ailleurs ce qui se passe dans 99,99999% des cas (à la loterie). Mais PS nous rassure qu’au contraire  le CF « prend en charge les risques de la manière la plus efficace ». L’activité intense du CF est souvent décrite aux nouvelles télévisées  par un remue ménage de nuées de traders devant des murs d’écrans sur lesquels défilent des myriades de chiffres multicolores. Certes, les cerveaux de ces jeunes gens hyperactifs et dévoués, plus la science (mathématique, etc.) et la technologie, permettent une acquisition, accumulation et traitement de l’information en temps dit « réel » qui font que pas une seule occasion sera manquée pour augmenter la rentabilité de mon capital, mais cette hyperactivité fébrile n'est pas dénuée de risque (au moins pour la santé des jeunes gens et par conséquent, pour leur clairvoyance, sinon leur santé mental). Alors, ce sont peut-être ces puissants ordinateurs et managers derrière ces jeunes gens (dans le « back-office » ou la salle des machines) qui permettent de  prendre en charge les risques de la manière la plus efficace. On sait ce qu’il en a été dans le cas de Jérôme Kerviel. Imaginons un instant, des milliers de traders à travers la planète agissant, ou voulant agir avec notre épargne, comme Kerviel, pour nous représenter la façon dont sont prises en charge les risques dans le  système du capital financier.

Bon, tout ceci (Kerviel et la crise actuelle) n’est dû qu’à notre manque d’information (il faudrait que les traders travaillent plus, les mathématiciens développent de meilleurs modèles, etc.). Et de toutes façons, tel que ça fonctionne, le CF remplit mieux son rôle que n’importe quel autre système imaginable (parole de PS) . Un chef d’église quelconque (aussi peu imaginatif) pourrait dire autant de son système: dans les deux cas il s’agit d’un acte de foi. Et si tu gères mal tes doutes,  ou  prends le risque de souscrire à d’autres idoles (que le dieu argent ou les dieux tout court)  tu seras liquidé….ce qu’après tout, n’est qu’un accident de parcours.

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