Le piège des Credit-Default Swaps, Paul Jorion, Le Monde Economie, 30 sept. 2008, p. I
Les établissements financiers réduisent le niveau de leur dette, mais le mécanisme qui permettra à celui-ci de retrouver ses récents sommets est maintenu ; enfin, sous prétexte de se protéger de la crise, mais en réalité pour tenter d’en profiter, les firmes multiplient les paris sur la fin prochaine de leurs consœurs.
Les évènements récents pourraient suggérer que les autorités ont pris la pleine mesure de la crise qui secoue le monde financier…..Mais rien n’indique que l’on s’attaque au mal en profondeur. Certes, il est provisoirement interdit de parier à la baisse sur les titres de firmes les plus menacées, mais contourner une telle mesure est un jeu d’enfants….
Cela dit, les ressorts de la crise restent intacts. Les spéculateurs débusqués il y a deux mois sur le marché des matières premières y opèrent déjà un retour en force ; les établissements financiers réduisent le niveau de leur dette, mais le mécanisme qui permettra à celui-ci de retrouver ses récents sommets est maintenu ; enfin, sous prétexte de se protéger de la crise, mais en réalité pour tenter d’en profiter, les firmes multiplient les paris sur la fin prochaine de leurs consœurs.
L’instrument de ces paris est en effet le Credit-Default Swap (le « contrat d’échange de risque de défaut ») ou CDS. Son principe est celui d’une assurance, à cette différence près qu’on s’y assure…contre le risque couru par un tiers. Cette particularité fait qu’une exposition, inévitable, au risque peut être démultipliée artificiellement.
Le marché américain des CDS se monte à 62.000 milliards de dollars, chiffre proche du total des dépôts bancaires à l’échelle de la planète…..
Le marché des CDS n’est pas régulé : les transactions s’y font de gré à gré et nulle instance ne s’assure que le parieur dispose des fonds nécessaires ni que le montant global des contrats ou la qualité des intervenants soient rendus publics.
Personne ne semble s’être avisé que l’imbrication des firmes dans l’écheveau de paris faits par les unes sur les autres constitue le meilleur moyen de transmettre la peste de l’insolvabilité de l’une d’elles, communiquant à l’ensemble la fragilité de son maillon le plus faible…